Origines des Gohelliades

Rurale depuis l’origine des temps, la Gohelle a connu une première et gigantesque mutation sociale à la fin du siècle dernier. L’exploitation charbonnière n’a pas seulement bouleversé le sous-sol d’une grande partie de son territoire. Elle a modifié les paysages, façonné de nouvelles générations, enfanté d’autres cultures et modes de vie. La Gohelle a aussi accueilli des populations venant d’ailleurs. Elle en a intégré l’apport spécifique, celui des Polonais surtout, mais aussi des Italiens, Maghrébins, Espagnols, Portugais. Pendant 100 ans, côte à côte, les gens de la Terre et le peuple des mineurs ont travaillé, souffert, espéré…

Années 1980, le charbon s’épuise. Une seconde grande mutation économique, sociologique, culturelle se prépare. Un monde s’en va… Un autre naît. Nouvelle fracture. Les enfants de cette nouvelle Gohelle sauront-ils garder les valeurs de leurs ancêtres et s’enraciner dans le nouveau sol natal ? Il faudrait pour cela que les témoins de cette formidable aventure humaine ne disparaissent pas avant d’avoir transmis leur message. Semblable aux autres gens du Nord, les habitants de la Gohelle aiment le travail obscur, silencieux. Un peu partout, des auteurs, des artistes ignorés, des historiens amateurs rassemblent des documents, composent des œuvres de qualité. Seuls leurs proches, le plus souvent, en connaissent la richesse. Quelques Loossois ont imaginé de faire se rencontrer ces gardiens d’un héritage collectif. Dans le cadre d’une manifestation de caractère régional, ils souhaitent voir les communes de la Gohelle concourir pour présenter au grand public les multiples facettes d’une tradition et d’une culture dignes d’être aussi connues que celles d’autres régions françaises moins discrètes. D’où l’idée de « Gohelliades », événement annuel pendant lequel des représentants désignés par les communes rivaliseraient dans un effort de saine émulation.

1984… Les premières Gohelliades

Après la sortie d’un ouvrage historique sur Loos-en-Gohelle, rédigé par un groupe de Loossois, le constat est clair : il faut préserver, mettre en valeur le patrimoine régional, ce patrimoine d’abord et avant tout bâti par ses habitants. Que ceux-ci, fiers de leur histoire, y puisent la force de surmonter leurs difficultés pour se tourner vers un avenir porteur d’espoir.

Et voilà comment en 1984, une équipe, réunie autour de Marcel Caron, a créé les premières Gohelliades. Le thème général était « Hommes et Richesses de la Gohelle – Terre et Industrie – Arts et traditions ». L’édition 84 était un lancement. Elle fut relayée trop tard par les médias et son impact n’en a été ressenti qu’après coup. Elle a pourtant connu un succès indéniable, les vingt-deux expositions et la qualité des œuvres représentées faisant l’étonnement des visiteurs et des concurrents eux-mêmes.

1985… Premier Son et Lumière

Pour la deuxième année consécutive, la commune de Loos-en-Gohelle organise les Gohelliades. Une série de manifestations qui se veulent un rassemblement annuel proposé à tous les amoureux du passé » de notre région La Gohelle. Le succès de la manifestation ne se dément pas, la programmation s’étoffe. Outre huit concours organisés dans les catégories suivantes : peinture, sculpture, photographie, poésie, monographie, cartes postales, cinéma super 8 et trésors, les spectateurs pourront revivre des scènes du Front d’Artois.

Un premier son et lumière, “le sablier et les épis” voit le jour. La représentation symbolique sur le théâtre de plein air, aménagé sur le terril du 15 reconverti en zone de loisirs, se veut le signe que notre région peut se reconvertir avec ses forces vives : les habitants. Cent vingt figurants assureront un spectacle de deux heures. Pour ce spectacle, la population locale se mobilise, puisqu’un groupe de jeunes en TUC (Travaux d’Utilité Collective, contrat aidé) aménage le théâtre de plein air sur le terril du 15, confectionne les costumes et participe au spectacle. Le sujet est plus lié à la période historique de la guerre 14-18 qu’à celle de la mine, mais l’action s’inscrit totalement dans la démarche destinée à offrir à la population, et plus précisément aux jeunes, les moyens de participer à la réalisation d’opérations de préservation, de diffusion et de mise en scène de l’histoire locale.

« La Gohelle terre de passage et de brassage »,  le thème choisi cette année pour les Gohelliades, convenait évidemment à cette reconstitution d’une des périodes les plus dramatiques vécues ici. Les trois coups frappés, les spectateurs découvriront une classe où l’on apprenait que l’Alsace et la Lorraine, un jour redeviendraient françaises. Après l’évocation de l’attentat de Sarajevo, on se retrouvera à Loos-en-Gohelle en Août 1914. Les moissons s’achèvent, la furie guerrière commence. Un coryphée commentera l’action. On y découvrira le rôle des femmes fabriquant des obus dans les usines ou servant d’agent de liaison pendant que les hommes se battent dans les tranchées. Et la glorieuse figure d’Emilienne Moreau décorée à 16 ans de la Légion d’honneur pour faits d’armes revivra en même temps que s’incarneront les courageux soldats dont les noms sont inscrits sur le monument aux morts de la commune.

Mélange de réalisme et de symbolisme, dans les embrasements du champ de bataille et à travers les rideaux de fumée s’élevant des décombres, alternant avec des scènes émouvantes tel le Noël de la fraternisation. Le sablier et les épis dira avec des mots simples, des images fortes et des sentiments nobles, tout ce que la mémoire collective de la Gohelle doit retenir de l’une des plus grandes tragédies de l’Histoire de France.

Après les Gohelliades, la presse a écrit « Ils ont osé ! Ils ont gagné ! ». Ce spectacle a été réédité le 21 septembre 1985 pour la visite des Anglais à l’occasion du 70e anniversaire de la bataille de Loos.

1986… La fosse 11/19 ferme

Le Son et Lumière devient une institution. Le spectacle “Terre d’en haut, Terre d’en bas” est joué sur le terril du 15. « Ils sortent de la nuit pour aller dans la nuit, les hommes d’en haut qui vont devenir les hommes d’en bas. » Bientôt la fin d’un siècle qui aura connu des bouleversements sans précédent. Pour la Gohelle, c’est le choc entre deux mondes : celui des paysans et celui des mineurs. Du geste artisanal on passera à la cadence industrielle. Ce spectacle se présente comme une suite d’images de souvenirs, d’anecdotes parfois reconstituées ou inventées, il n’y a pas d’ordre chronologique et les tableaux gais ou dramatiques, tendres ou virulents se succèdent selon le rythme du spectacle. Deux personnages interviennent en direct pour guider les spectateurs aux travers des tableaux. Le lecteur habillé de blanc qui présente les différentes scènes est rejoint par un lutin. Ce petit personnage facétieux tout de noir vêtu serait-il un farfadet du terril ?

La même année, les terrils décorés arborent fièrement le cœur et l’épi, marque de fabrique des Gohelliades.

1987…

Signal fort : le son et lumière “Terre d’en haut, terre d’en bas” est joué sur le carreau de la fosse 11/19. Le spectacle y prend toute sa signification. Il faut rappeler qu’à l’époque, l’expérience tentée à Loos-en-Gohelle est une première pour le Nord-Pas-de-Calais. Jamais la grande mutation humaine qui fit descendre les gens de la terre dans les profondeurs du sous-sol n’a été traitée en son et lumière. C’est le mérite de ceux qui entreprennent de faire revivre notre propre histoire. Le titre du jeu scénique de 1986 a été conservé, certaines scènes également. La durée a été ramenée à 1h30. Un spectacle de plein air a des exigences particulières.

Le lieu est l’un des plus typiques de la région minière. Animé par les feux des projecteurs et la pyrotechnie, il sera le décor surréaliste qu’aucune scène de théâtre ne peut reconstituer. La troisième représentation ne put avoir lieu à cause des conditions atmosphériques. Les cent vingt figurants étaient tous très déçus, mais les commentaires de l’époque étaient très éloquents.

Progressivement ce qui a marqué pendant cent années nos paysages va disparaître. Il importe de laisser aux générations ultérieures quelques lieux témoins et le site du 11/19 semble tout indiqué. L’animer, y développer de multiples initiatives, c’est renforcer les chances d’intéresser les décideurs nationaux, régionaux à en faire un lieu aménagé et vivant. L’ambition des inventeurs des Gohelliades était d’en faire une manifestation débordant des frontières de la commune pour qu’elle atteigne une dimension régionale.

1988 – 2009 …

En 1989, le site prend une autre dimension : les terrils sont investis par les parapentistes, les pratiquants de char à voile et les structures gonflables lumineuses et animées d’Airvag. En 1991, pour les Gohelliades, encore un spectacle, et un succès, sur le carreau avec “Mozart en Sol Mineur”. Suivront entre autres « Jules Verne », « 2001 Odyssée de Loospace », « Les Zouzouilles – Mystère en Troll mineur », ou « Les paroles du sous-sol ne sont pas des paroles en l’air ».

Durant toutes ces années, au-delà de l’aspect festif incarné notamment par les animations du week-end de Pentecôte, des dizaines de soirées ont permis à tous les publics d’assister à des spectacles de qualité. Concerts, expositions, land-art (avec la décoration des terrils et un spectacle laser sur le 11/19), animations sportives (parapente et char à voile), lâchers de ballons, chant choral et gala de danse restent dans toutes les mémoires… L’essentiel de l’esprit a perduré : faire participer les habitants, faire découvrir la richesse des hommes, du patrimoine et de la culture de notre région. Cependant, au cours des années, un besoin de renouvellement s’est fait sentir.

Le travail fourni par tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la création de ces Gohelliades a servi et a permis de démontrer que tous ceux qui voulaient faire table rase du patrimoine minier avaient tort.

2010 … Graines de Germinal – Le retour des grands spectacles Loossois

En 2010, le calendrier culturel de la ville de Loos-en-Gohelle propose des évènements variés, s’appuyant sur les manifestations nationales ou les traditions locales voire municipales. En plus de ces évènements organisés par la ville, de nombreuses associations participent à la richesse de l’offre culturelle sur notre territoire. La ville de Loos-en-Gohelle bénéficie enfin de la proximité de la fabrique théâtrale de Culture Commune, avec laquelle elle développe des partenariats pour sensibiliser la population à différentes formes de pratiques artistiques.

Graines de Germinal est un spectacle qui s’inscrit dans la lignée des grands spectacles participatifs Loossois, ces réalisations d’envergure, ambitieuses, dont le fil conducteur a toujours été de mettre en valeur le patrimoine de notre région et les valeurs humaines qui en découlent. Il rend hommage à des hommes, des femmes, des familles venues de Pologne, du Maghreb, d’Italie, de Yougoslavie ou même d’ailleurs et qui sont arrivés un jour, ici, dans notre Bassin Minier, parfois à Loos-en-Gohelle Certains sont retournés dans leur pays, d’autres ont fait le choix de poursuivre leur vie ici. Graines de Germinal nous parle du déracinement, de la peur de l’autre parfois, de la richesse de la rencontre et de la découverte quand on ose affronter sa crainte de l’étranger.

Graines de Germinal nous raconte la solidarité, le courage des hommes amenés à partager un même destin, leurs femmes, leurs familles, leurs pays. Ce spectacle nous amène à porter un autre regard sur ces parcours humains. Un autre regard aussi sur ces paysages qui nous entourent et qui nous racontent chaque jour l’histoire des hommes qui ont dessiné ce paysage. Graines de Germinal ce sont aussi de nombreux figurants de Loos-en-Gohelle, la participation de l’Harmonie municipale, de la Lohézienne, de jeunes du collège, des Zouzouilles… une vraie aventure collective pour réussir trois représentations inoubliables.

Les Graines de Germinal, ce sont tous ces enfants d’aujourd’hui nés de ce brassage des cultures et des origines. Ils sont le résultat de ces mélanges ; les noms des uns et des autres nous racontent à eux seuls le début de cette histoire… Le spectacle remportera un vif succès avec près de 1400 spectateurs sur 3 soirées consécutives.

Parallèlement à ce spectacle, d’autres manifestations ont nourri une programmation riche et diversifiée. Parmi elles, il faut souligner l’extraordinaire aventure de la « Mission Patchwork » qui a rassemblé plus de 400 personnes sur les terrils de la base 11/19.

La population Loossoise a toujours démontré sa capacité à se mobiliser autour d’idées ambitieuses et conviviales. La municipalité est fière de cet élan populaire qui lui permet de mener à bien des idées fortes, symboliques et rassembleuses, en ayant toujours à l’esprit le « faire ensemble ». En cette année 2010, un collectif a vu le jour, constitué de jeunes du collège, de bénévoles, de retraités, de membres d’associations diverses, et s’est investi dans la réalisation d’une couverture géante en patchwork de laine.

Afin de mettre en valeur ce travail et de terminer en beauté, l’idée d’une chaîne humaine sur les terrils du 11/19 a germé au sein du collectif Loos ch’Tricote. Le défi était pourtant de taille : mobiliser un maximum de Loossois afin de confectionner des carrés de laine de 10 x 10 cm au tricot ou au crochet, récupérer un maximum de pelotes de laine et surtout réunir des bénévoles pour porter la couverture sur le terril. Grâce aux ateliers, et aux tricoteuses qui ont travaillé chez elles, une couverture de plus de 300m de long et d’une largeur de 1m50 a été constituée. Cette couverture a ensuite été étendue sur les terrils du 11/19 le 5 juin 2010 grâce à la participation de 400 bénévoles, encadrés par les bénévoles de l’association et accompagnés par un orchestre tzigane.

Ce type de manifestation relève d’un processus d’intelligence collective cher à la commune. Le travail en collectif favorise l’expression des individualités. Cette mobilisation de la population autour d’une création artistique est essentielle à la vie d’une commune comme Loos-en-Gohelle. La réputation de la mission Patchwork sur le terril s’est d’ailleurs étendue au-delà des limites de notre région.

Et demain ? …