Le Plan santé-nutrition loossois : donner envie plutôt que faire peur

Les pouvoirs publics sont réellement concernés par les problèmes de santé de la population et leurs conséquences économiques, sanitaires et sociales. L’alimentation joue un rôle déterminant dans la survenue de maladies fréquentes dans la région Nord – Pas de Calais (cardiovasculaires, obésité, cancers). La surabondance alimentaire et la multiplication des messages de sensibilisation et de prévention parfois contradictoires accentuent la nécessité d’avoir quelques clés pour faire ses choix.

C’est à partir de ces constats que la commune de Loos-en-Gohelle a décidé de se saisir du sujet au début des années 2000.  Pour tenter d’apporter des réponses pertinentes, l’élue en charge du dossier a dès le départ développé de manière participative le Plan santé-nutrition, intitulé « Bien dans son assiette, bien dans ses baskets, c’est l’affaire de tous ». Elle s’est en outre progressivement entourée d’une équipe aux compétences reconnues et complémentaires, dans une dynamique de recherche-action typique du rôle de « laboratoire » que Loos-en-Gohelle joue dans différents domaines.

Marche Loos-en-GohelleLe Plan santé-nutrition est donc en parfaite cohérence avec les particularités de la ville en matière de développement durable, de démocratie participative, d’évaluation et d’innovation. Il favorise la qualification et l’autonomisation des acteurs, le lien social, la connaissance du territoire ou encore la sensibilisation à l’environnement… Le Plan santé-nutrition a en outre su profiter des choix d’aménagement du territoire facilitant la reprise d’une activité sportive (ceinture verte incitant à des activités auto-organisées, de plein air, etc.). Avec des résultats inattendus qui démontrent que des actions concrètes simples (mais cohérentes et suivies) permettent vraiment de changer les habitudes des personnes concernées.

Trois directions d’actions : sensibiliser, prévenir et accompagner

Le Plan santé-nutrition loossois est caractérisé par une approche différente du Programme National Nutrition Santé (PNNS) : il met en avant la dimension plaisir et bien-être de l’alimentation et de l’activité physique plutôt que la peur de la prise de poids ou de la maladie, sensée inciter à une meilleure hygiène de vie. Concrètement, plutôt que d’énumérer une liste de restrictions souvent contre productive (ne pas manger de sucreries, ne pas grignoter entre les repas, ne pas fumer, ne pas prendre sa voiture mais marcher, etc.), il est proposé de retrouver le plaisir de bien manger, de se respecter, de repousser ses limites grâce à une activité physique adaptée, de s’accepter tel que l’on est (même si on ne correspond pas aux canons de beauté véhiculé par les magazines)… Bref de se reconnecter au plaisir de vivre, de se sentir vivre et de partager des activités avec un groupe. Cette approche particulière, sensorielle, a été remarquée en 2010 par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES).

 

L’historique de « Bien dans son assiette, bien dans ses baskets, c’est l’affaire de tous »

Phase 1 : l’équilibre alimentaire (2000-2006)

Pommes rouges Loos-en-GohellePremières actions de sensibilisation à l’importance de la nutrition des scolaires, des jeunes et des personnes âgées. Ebauche d’un état des lieux des habitudes nutritionnelles de la population. Recensement des acteurs et création d’un comité de coordination composé des directeurs d’écoles et de collège, des professeurs intéressés, d’acteurs de santé sensibilisés, d’habitants, de parents d’élèves et de membres du foyer-logement. Mise en place d’ateliers par tranches d’âge, ainsi que d’ateliers intergénérationnels réunissant adolescents et résidents du foyer-logement.

2006-2008 : montée en puissance et structuration plus poussée des actions, avec l’élaboration d’un programme, la signature d’une convention avec une diététicienne et l’élargissement du Plan à l’activité physique. 2007 : signature de la Charte du Programme National de Nutrition Santé 2.

Phase 2 : le duo alimentation-activité physique (2008-2009)

Appui d’un technicien référent. Première évaluation et réflexion sur l’avenir du Plan santé-nutrition (orientations, priorités…). 2008 : opération Mouv’eat. 2009 : signature d’une convention avec un éducateur médico-sportif.

Phase 3 : objectif bien-être global (depuis 2010)

Accent sur la notion globale de bien-être et la prévention du cancer et de l’obésité. Démarche appuyée de qualification des acteurs et de clarification des messages, via notamment un cycle de conférences données par des spécialistes. 2011 : signature d’une convention avec une psychologue, évaluation globale du programme santé (contenu et méthode) par un stagiaire de Master 2 Prévention Rééducation Santé STAPS (étude permettant notamment de nourrir l’Indice Participatif de Bien-Etre sur lequel la commune a déjà travaillé).

Un état des lieux des habitudes alimentaires des enfants et des jeunes a été dressé grâce à des questionnaires travaillés collectivement et adaptés aux différentes tranches d’âge. L’analyse des réponses a permis de cibler les actions vers les problèmes à traiter en priorité.

La question du petit-déjeuner et de la collation ou du goûter est apparue comme problématique chez les  plus petits, les élèves d’école primaire et les adolescents. Avec pour conséquence directe chez ces derniers une consommation importante de produits sucrés (boissons, friandises, biscuits…).  Des opérations « petits-déjeuners équilibrés », des conférences-débat avec les parents, des interventions de la diététicienne dans les classes, des animations diverses comme la dégustation de différentes eaux, la préparation d’une exposition par les enfants ainsi qu’une sensibilisation sur l’équilibre alimentaire dans le cadre des centres de loisirs ont été menées. Un groupe de collégiens a par ailleurs participé à un « club menus » avec l’intendante et le chef cuisinier du collège et la diététicienne. La prochaine étape est un travail sur l’approche psychologique de l’adolescent (image de soi).

En complément, des temps de formation pour les personnes amenées à intervenir dans le champ de l’éducation alimentaire ont été réalisés. La diététicienne a ainsi notamment traité, à la demande des assistantes maternelles, l’équilibre alimentaire des tout petits.

Former et décloisonner

Ces différentes actions sont régulièrement renforcées par des actions complémentaires, notamment dans le domaine de l’activité physique, devenue l’un des piliers de l’action, au même titre que la nutrition. Ainsi, un groupe « alimentation et sport » a vu le jour en 2007, initiant un travail avec les clubs sportifs volontaires de la commune (opération Mouv’eat). A la convention avec la diététicienne est ensuite venue s’ajouter, en 2009, un partenariat avec un éducateur médico-sportif.

En 2010, un cycle de conférences données le 1er jeudi de chaque mois par des spécialistes de la nutrition, de l’activité physique et du bien-être (esthétique, relaxation…) a permis de clarifier encore les messages donnés aux participants qui, fidélisés (une cinquantaine de participants en moyenne, autant d’hommes que de femmes), ont assisté à des temps forts traitant de sujets ne les concernant pas au premier chef. Prise sous cet angle, la politique de santé-nutrition a permis de sensibiliser d’autres publics qui ne se sentaient pas concernés par la seule approche « alimentation » et de créer des liens entre des personnes entrées dans la démarche par la nutrition, le sport, le milieu scolaire ou le milieu associatif. Créer des liens, de la convivialité : on retrouve ici l’un des objectifs de la politique globale menée à Loos-en-Gohelle.

Un accompagnement à la reprise progressive du sport a été mis en place, via la création d’un atelier de marche nordique. Cet accompagnement a permis à des gens (hommes et femmes) de se remettre en situation d’activité physique et de poursuivre sur leur lancée de manière autonome. Certains ont même créé une association, Les Caribous des terrils. 2011 est notamment l’année de la mise en place d’un accompagnement de personnes en surpoids dans le cadre d’un projet curatif dont l’un des objectifs est de tester l’efficacité d’un dispositif regroupant des approches complémentaires (conseils nutritionnels, activité physique légère, échanges de groupe, relaxation, etc).

L’expérience Mouv’eat

La semaine « Mouv’eat » (première édition en 2007), a permis de créer à l’échelle du Plan santé-nutrition  le lien entre « le bien manger » et « le bien bouger ».

Six actions phares ont été réalisées, à destination de toutes les tranches d’âges : ateliers du goût, lecture d’albums, exposition des écoliers et des collégiens, conférence à destination des personnes âgées, action « pass’sport » pour que les enfants  puissent découvrir un sport (football, tennis de table, basket, badminton), partenariat avec l’INPES pour la diffusion de guides aux enfants et aux éducateurs sportifs…

Cette opération a connu un succès grandissant : de 3 enseignants participants en 2006 à 13 en 2008, année pendant laquelle l’effectif s’est stabilisé. Elle a également permis d’inciter des parents bénévoles à s’impliquer et à devenir relais auprès des écoles (animations diverses, participation aux journées de formation de l’Institut Pasteur de Lille, etc. ), d’impulser des échanges enfants/parents sur le petit-déjeuner et des changements dans les habitudes alimentaires des enfants, ainsi que d’amener certains clubs sportifs à croiser les bienfaits de l’alimentation et de la pratique d’un sport.

L’opération Trouve ton sport

Quel que soit le domaine, les actions engagées par la municipalité trouvent régulièrement un écho dans des initiatives « privées ». L’opération « Mouv’eat » a ainsi donné l’idée d’une journée « Trouve ton sport » aux clubs de basket, de tennis de table et de badminton, en 2009. A l’issue de cette journée,  chaque club a connu une réelle augmentation du nombre de ses licenciés. Cette opération a par ailleurs prouvé que les différents sports peuvent agir ensemble et ne sont pas forcément en compétition pour recruter des adhérents. Elle a enfin favorisé les relations parents-enfants à travers le sport et amené les clubs à réfléchir sur l’ouverture de « créneaux familiaux ».

Les facteurs de réussite

  • co-construction des actions avec les habitants, via la démocratie participative
  • accompagnement global s’appuyant sur des compétences pluridisciplinaires
  • variété des angles d’attaque (alimentation, activité physique, ligne, santé, bien-être) et des actions proposées (ateliers, conférences, sorties sportives, écoute), avec décloisonnement des pratiques
  • continuité : mêmes acteurs principaux depuis le début
  • association des acteurs du territoire
  • qualification et autonomisation des personnes

Quelques résultats

  • 10 animations pour les scolaires (environ 500 participations)
  • 2 expositions depuis 2005
  • 11 conférences en 2010
  • 60 participants au dispositif d’activité physique et sportive
  • création de l’association Les Caribous des terrils Loos-en-Gohelle fin 2010 par 20 Loossois et 15 non Loossois
  • création d’un réseau d’acteurs, intelligence collective
  • Remarqué au niveau national par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES – 2010)
  • Fait partie de l’étude « Sport et santé publique : sociologie politique des programmes de lutte contre la sédentarité » de l’Institut de Recherche en Santé Publique (IRESP) sur la mise en oeuvre du PNNS et les différents dispositifs sanitaires relatifs à l’obésité, la nutrition et l’activité physique en Aquitaine, Midi-Pyrénées et Nord – Pas de Calais (2009 à 2012).

Les partenaires

  • Municipalité
  • Diététicienne : Céline Jean Biélawski (depuis 2006)
  • Educateur médico-sportif : Evolution 4S (depuis 2009)
  • Psychologue : APRIS 62 (depuis 2011)
  • Médecins
  • Ecoles (3 maternelles, 3 primaires) et collège Cassin
  • Association d’accueil de loisirs Les Francas
  • Université d’Artois : STAPS Liévin
  • Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES)

Le financement

De 2005 à 2011, la municipalité a consacré 7 000 euros par an au Plan santé-nutrition. A ce montant s’ajoutent les subventions de la Région (de 3500 euros en 2007 à 11 325 euros en 2010).

Le Pôle développement social et citoyen

Le Plan santé nutrition est l’un des dossiers du Pôle développement social et citoyen, qui  comprend l’organisation des fêtes et cérémonies de la commune, l’action culturelle, la politique jeunesse et la vie associative, et plus largement la participation habitante. La participation étant l’un des socles de la politique communale, le Pôle développement social et citoyen est amené à participer activement à des projets d’autres services, comme l’interprétation du patrimoine et le développement des TIC au service de la participation, etc.

Cette organisation présente l’avantage de donner une cohérence aux actions menées en faveur des différents publics (scolaires, personnes âgées, associations, habitants, etc.). Elle favorise en outre la collaboration d’acteurs (techniciens, élus, partenaires extérieurs, etc.) de domaines de compétences différents qui établissent ainsi des passerelles entre leurs « disciplines ». Dans la continuité, la commission municipale 3CS (Communication Culture Citoyenneté Santé) permet que chacun des acteurs concernés par un projet ait une « vue globale du tout » et de construire une vision partagée.